Le bruit au bureau n’est pas qu’une question de confort. Dans un open space bruyant, la concentration chute, le stress monte, et le rendement sur les tâches qui exigent de l’attention peut baisser de plusieurs dizaines de pour cent. Le cadre normatif français va dans le même sens. La norme NF S31-080 « Acoustique – Bureaux et espaces associés » fixe des valeurs cibles pour le bruit de fond, le temps de réverbération et le niveau de confort acoustique selon le type d’usage. Voici les méthodes qui font vraiment baisser le bruit, plutôt que de simplement le masquer.
Table des matières
Ce que disent les normes
La NF S31-080 est le document de référence pour les espaces de bureaux en France. Elle classe les locaux en niveaux de performance acoustique (courant, performant, très performant) et fournit des valeurs cibles pour le bruit ambiant, le temps de réverbération et la décroissance spatiale de la parole. En pratique de conception, les cibles se rapprochent des valeurs suivantes.
| Type de poste | Niveau cible LAeq |
| Travail de concentration, administration, bureau classique | 40-45 dB |
| Accueil, réception, secrétariat | 45-50 dB |
| Locaux avec équipements informatiques | jusqu’à 50 dB |
| Salles de réunion (fond sonore recommandé) | en dessous de 40 dB |
Le second paramètre important est le temps de réverbération RT60. Dans les espaces de bureau, la valeur recommandée est de 0,4-0,6 s, dans les salles de réunion inférieure à 0,5 s, et dans les cabines téléphoniques inférieure à 0,3 s. Plus le RT60 est bas, plus la parole est claire et moins la gêne pour les voisins est marquée.
D’où vient le bruit de bureau
L’essentiel du bruit de fond du bureau est produit en interne. De petites sources s’additionnent, auxquelles s’ajoute le bruit qui entre de l’extérieur.
| Source | Niveau typique |
| Conversation forte à 1 m | 60-70 dB |
| Appel téléphonique à volume normal | 55-65 dB |
| Clavier mécanique | 50-60 dB |
| Imprimante ou photocopieuse en fonctionnement | 55-70 dB |
| Sonnerie de téléphone portable | 60-80 dB |
| Climatisation, ventilation mécanique | 35-50 dB |
| Bruit de rue (fenêtre ouverte, axe principal) | 55-75 dB |
Dans un open space classique, le bruit de fond se stabilise autour de 60-65 dB, déjà au-dessus de la limite pour le travail de concentration. Des panneaux muraux seuls ne régleront pas cela sans changements dans l’organisation de l’espace.
L’acoustique de bureau en plusieurs couches
Réduire efficacement le bruit au bureau ne se résume pas à un seul traitement, c’est une approche en couches. Grossièrement, trois niveaux.
| Couche | Ce qu’elle recouvre | Effet |
| Isolation | portes avec joints, fenêtres au moins Rw=32 dB, cloisons remplies | coupe le bruit venant de l’extérieur du bureau et des pièces voisines |
| Traitement acoustique du local | panneaux muraux, nuages au plafond, moquette, rideaux | raccourcit la réverbération, améliore l’intelligibilité de la parole, réduit le chevauchement |
| Zonage de l’espace | cloisons entre bureaux, cabines téléphoniques, salles focus | barrières physiques et acoustiques entre les postes |
Sauter une couche limite l’effet. Des panneaux au plafond ne servent à rien si le bruit filtre par une porte non étanche depuis le couloir. L’isolation seule ne suffit pas si la réverbération intérieure atteint 1,2 s et que tout le monde parle plus fort pour se faire entendre.
Cloisons sur pied et cabines téléphoniques
Dans les open spaces, l’outil principal de zonage est la cloison acoustique sur pied entre bureaux et autour des postes à fort volume d’appels (centres d’appels, ventes, recrutement). Les bonnes cloisons sont construites autour d’une âme en laine minérale habillée d’un tissu acoustique, elles absorbent donc le son des deux côtés au lieu de le réfléchir. Une hauteur de 1,4-1,6 m couvre le travail assis, des modèles plus hauts (au-delà de 1,8 m) conviennent aux bureaux debout.
Les cabines acoustiques (phone booth, focus pod, meeting pod) forment une catégorie à part. Ce sont des cabines préfabriquées insonorisées, faites pour les appels, les visioconférences ou le travail concentré sans perturber le reste du bureau. La pratique de planification courante prévoit une cabine pour 8-10 personnes dans un open space.
Panneaux suspendus et nuages de plafond
Le plafond est en général la plus grande surface réfléchissante continue d’un bureau et, en même temps, la plus simple à traiter. Des nuages acoustiques suspendus au-dessus des zones de bureaux absorbent les réflexions du haut et font clairement baisser le RT60 sur tout l’espace. La pratique de conception standard couvre 30-50 % de la surface de plafond en open space, selon la hauteur sous plafond et le type de plafond de base.
Dans les bureaux plus petits et les salles de réunion, les panneaux muraux aux points de première réflexion (murs derrière et en face des postes) et les panneaux derrière le vidéoprojecteur ou l’écran fonctionnent tout aussi bien.
Mobilier et finitions intérieures
La plupart des bureaux disposent déjà d’outils simples avant de dépenser du budget sur des panneaux professionnels.
| Élément | Impact |
| Dalles de moquette ou tapis dans les zones de travail | réduisent la réverbération dans les aigus, atténuent les pas et le déplacement des chaises |
| Rideaux ou stores en tissu dense aux fenêtres | atténuent les réflexions sur le verre |
| Mobilier et sièges rembourrés | absorbent dans la bande de la parole |
| Plantes dans les coins et le long des vitrages | dispersent et améliorent en plus le microclimat |
| Étagères, bibliothèques, décor 3D sur murs vides | agissent comme des diffuseurs simples |
À limiter : façades de meubles en verre lisse, surfaces miroir, grandes verrières sans protection, murs laqués lisses sur toute leur surface. Chacun de ces éléments génère des réflexions fortes et fait grimper le RT60.
Ce qu’il ne faut pas faire
Le traitement d’un bureau comporte quelques pièges faciles à tomber dedans. L’amortissement excessif fait sonner la pièce mate, la parole perd sa portée, et les salariés se mettent inconsciemment à parler plus fort pour s’entendre. Sans zonage et avec seulement des panneaux au plafond, on n’arrête pas les conversations téléphoniques qui se tiennent au-dessus du bureau du voisin. Une mousse fine de 2-3 cm collée sur un mur donne l’illusion d’un traitement mais ne fonctionne qu’au-dessus de 1 kHz, donc la voix humaine reste pratiquement inchangée.
Au-delà de l’acoustique
Même le meilleur traitement acoustique ne remplace pas les habitudes d’organisation de base. Notifications coupées sur les messageries internes, plages de « temps de concentration » sans réunions, appels téléphoniques déplacés vers les cabines, imprimantes et matériels bruyants placés dans une pièce à part, culture du casque pour les visioconférences. Cela ne coûte rien et fait baisser globalement le bruit de fond de plusieurs dB.
Quand commander un projet acoustique
Pour les bureaux de plus de 20 postes, les centres d’appels et les open spaces avec plusieurs salles de réunion et zones de collaboration, il est judicieux de démarrer par des mesures acoustiques. La mesure du RT60 et du niveau de fond en plusieurs points fournit des chiffres concrets sur lesquels asseoir le projet. Une simulation acoustique montre quel résultat une disposition précise de panneaux et de cloisons produira avant de dépenser sur la mise en œuvre. C’est l’approche standard pour les environnements de travail exigeants, et souvent la seule qui garantisse un résultat conforme à la norme.